Belle, nouveau joyau de la couronne de Mamoru Hosoda

22 janvier 2022
Le scénario : L'animation : La bande-son : Les personnages :

La Belle et la Bête, bien qu’étant un conte de fée intemporel, est aujourd’hui associé à un seul et unique studio depuis 30 ans : Disney.

Mais comment d’autres créateurs peuvent-ils alors espérer réinventer cette histoire tout en empêchant le public de repenser à la robe de bal emblématique ? Lorsque Mamoru Hosoda a choisi de se l’approprier, il a pris le parti de prendre en compte le célèbre dessin animé de 1991 et de lui rendre hommage.

Au fil de l’histoire, le spectateur peut ainsi faire plusieurs parallèles, dans la mise en scène, le décor ou encore quelques traits de caractères. Toutefois, les similitudes ne vont guère plus loin car Mamoru Hosoda transporte son film loin du conte traditionnel.

Ici, Belle est l’histoire moderne d’une jeune fille qui fait face à sa propre dualité. Introvertie dans sa vie quotidienne, l’adolescente devient une chanteuse célèbre dans le monde de U.

Et, pour marquer cette dualité, le film utilise deux techniques d’animation différentes. Le monde virtuel utilise une CGI évanescente, qui donne une sensation d’étendues infinies et d’immatérialité. Internet devient un univers chatoyant et fantaisiste à l’opposé de la réalité. Toutefois, le réel, bien qu’infiniment plus humble avec son animation traditionnelle, n’en est pas moins magnifié.  Le spectateur peut alors admirer un Japon rural, réaliste et luxuriant.

Visuellement remarquable, l’expérience est magnifiée par une musicalité irréprochable.  A l’oreille, Belle est une pure merveille et la première scène donne le ton. En version originale la voix de Kaho Nakamura nous envoute durant toute la séance mais Louane réalise également une très belle prestation en français. Les différents registres exploités et les chansons variées portent l’histoire et la subliment, tout en décuplant les émotions.

Tout comme Les enfants Loups et Mirai, ma petite sœur, les expériences tragiques de Belle sont enveloppées d’un sentiment d’émerveillement, d’une lueur d’espoir à laquelle les personnages peuvent s’accrocher. Mamoru Hosoda aborde, avec beaucoup de tendresse, les affres de l’adolescence. Plus qu’une histoire d’amour, Belle est ici une histoire de lien, de partage et d’amitié.

L’univers de U permet d’étendre ces relations, au-delà du réels. Ce monde alternatif, résolument neutre dans son essence, se veut influencé par les actes de chacun. Le réalisateur aborde alors un sujet qui lui tient à cœur, à l’image de Digimon Adventure et de Summer Wars. Il porte ici une vision, bienveillante du virtuel sans pour autant en occulter ses dérives.

Si la conclusion ne résout pas l’ensemble des problèmes comme par enchantement, elle tend vers une vie meilleure. Alors que Suzu marche seule le long de la rivière, elle est progressivement accompagnée par ses proches. Explorant ainsi, tout au long du film, le chagrin, l’amour, la perte et l’acceptation, Belle nous quitte avec douceur dans son dénouement.

Une nouvelle fois, Mamoru Hosoda nous livre une œuvre lumineuse, onirique et surtout paradoxale car très personnelle tout en étant universelle. Le talent de l’artiste permet à Belle de nous émouvoir et de nous captiver. Sans aucun faux pas, il nous entraine dans une danse triomphale et sublime.

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