Une interview de Tanaka Yasuki – Time Shadows

21 février 2022

La Pop Asia Matsuri organisée par l’éditeur français Kana, s’est tenue le 18 et 19 décembre 2021 et pour l’occasion le mangaka Tanaka Yasuki a accordé une interview et a participé à un Live Drawing autour de Time Shadows.

Une interview de Tanaka Yasuki - Time Shadows

D’où vient l’idée d’un thriller de Science-Fiction ?

Initialement je n’avais pas l’intention de créer une œuvre de Science-Fiction. A l’origine du projet, je voulais que l’action se déroule à Wakayama et lorsque j’ai décidé d’en faire une histoire de boucle temporelle, je pensais partir sur de la fantasy. Mais je voulais surtout que mon manga soit réaliste, aussi réaliste qu’une prise de vue réelle. Et, c’est le responsable d’édition qui a validé le projet. Je savais que je voulais écrire une histoire de suspens, qui happe le lecteur.

Afin de rendre le scénario plus crédible, puisqu’il y a des phénomènes inexplicables, j’ai réfléchi à des explications, des raisonnements scientifiques qui ont donné le ton du récit. Le résultat avait un air de S.F. Même si ce n’est pas un genre improbable pour un shōnen, il n’est pas très courant. Pour moi, c’était une chance, puisque j’aime les boucles temporelles. Je me suis dit que c’était l’occasion de relever un défi. Les lecteurs ont clairement réagi, ce type de phénomène temporel est rare dans les shōnens, mais je ne pense pas qu’on le boude de par sa complexité.

Une interview de Tanaka Yasuki - Time Shadows

Êtes-vous intéressé par le genre de l’horreur ?

J’en regarde pour mes recherches, mais ils me font trop peur. Je n’aime pas être effrayé, ce n’est pas vraiment mon truc.

Quelles sont vos références en science-fiction ?

Je n’ai pas vraiment d’influence précise, mais les éléments récurrents des jeux d’horreur, les objets ou les notes que l’on peut ramasser, j’aime ces fragments d’information qui poussent à l’investigation. On en trouve aussi dans Time Shadows sous forme de documents. Le journal intime d’un personnage, par exemple, ou la description d’un objet. Je les ai inclus dans mon œuvre.

Les films et les romans ont une structure similaire, mais les mangas sont construits de façon totalement différente. M’inspirer d’un film ou d’un roman peut me motiver ou me donner de l’élan. Mais si c’est ma seule référence, je fais des erreurs. Ça m’est arrivé. Mais si je pars d’un jeu, qui n’a rien à voir avec un manga, comme c’est interactif, je peux vivre l’histoire en tant que joueur. J’en retiens une expérience qui m’est propre, ma principale source d’inspiration.

Parlez-nous des boucles temporelles ?

Tout d’abord, je ne pense pas que le temps s’écoule de façon constante, du passé vers le futur. Les aiguilles d’une montre avancent grâce à l’énergie d’une pile et non parce que le temps s’écoule. On ne trouve pas de boucle temporelle dans la vie réelle, mais les êtres vivants répètent certaines actions en boucle.

J’ai un aquarium avec des crevettes, elles mangent chaque matin et répètent la même chose tous les jours.

On porte les mêmes vêtements et on mange les mêmes plats chaque semaine. On fait la même chose tous les ans. Je me dis qu’on est tous dans une boucle qui change petit à petit. A force d’efforts ou de chance, nous pouvons améliorer notre parcours. Même si on répète la même boucle, on peut la changer petit à petit jusqu’à ce qu’elle devienne une spirale.

Une interview de Tanaka Yasuki - Time Shadows

Comment avez-vous créé Hizuru ?

Je l’ai d’abord imaginée comme un homme aux cheveux courts, c’était un chercheur qui étudiait les ombres. Hizuru changeait sans arrêt. L’équilibre entre les personnages lui a donné de longs cheveux et des lunettes. Une fois recentrée, elle a pris son apparence actuelle. Au début du manga, elle était auteur de romans mais n’avait pas encore de double personnalité. Lorsqu’elle répond au téléphone, suspendue à un arbre, je ne savais pas encore avec qui elle correspondait. J’ai pensé au personnage principal de Twin Peaks, l’agent Cooper. Je me suis dit que ça serait intéressant de m’en inspirer.

Hizuru a pris plusieurs formes et je l’ai fait modelée petit à petit, en revanche, Ushio et Moi me sont venus de suite. Ils étaient parfaits dès le début.

Des indices plutôt que des explications ?

Plutôt que par des explications, c’est parce que Shimpei sait. C’est par son seul point de vue, je voulais construire mon histoire. Dans la dernière partie, on trouve plusieurs points de vue, mais il n’y en avait initialement qu’un seul. Le lecteur est Shimpei sont liés. Le lecteur peut se mettre à sa place. Si shimpei ne sait pas, le lecteur non plus. Si Shimpei ne comprend pas, le lecteur non plus. C’est intentionnel. Lorsque Shimpei est en difficulté, je veux que le lecteur le soit aussi.

Quelle erreur vouliez-vous corriger ?

Je n’ai pas prévu de modification. L’erreur… Lors de la réunion de scénario, le scénariste m’a informé qu’il y avait une erreur dans le manga. Cette erreur est corrigée dans l’anime. Ce n’était pas une grosse erreur. Elle est corrigée dans l’anime et la publication en tome.

Que pensez-vous de Ayumu Watanabe ?

Ses derniers films, Les enfants de la mer et La chance sourit à Madame Nikuko, se passent dans la mer. Il m’a même dit qu’il voulait continuer dans cette veine. C’est lui qui a tourné toutes les scènes de référence. Je suis allé en tournage avec lui. Il a passé son temps la caméra à la main, à filmer. Il était vraiment très appliqué. J’ai hâte de voir ce que va donner son film.

Qu’avez-vous retenu de votre période d’assistant ?

La mise en scène de Hirohiko Araki m’a fortement influencé. Plus particulièrement son style de cadrage. J’étais assistant pour la saison 7 de Jojo : Steel Ball Run. Il y a une magnifique scène de course à cheval à travers le continent américain. La caméra est placée au sol, en contre-plongée, pour mettre en avant le mouvement des pieds des chevaux. J’en ai dessiné. C’est un spécialiste des prises de vue dynamiques. Normalement, la prise de vue est au même niveau que le regard.

Le contraste entre les scènes calmes et les scènes d’action est bien marqué. J’en ai pris note. Depuis, lorsque j’ai une scène percutante à mettre en avant, ma caméra se rapproche du sol.

Quel autre genre voudriez-vous écrire ?

A la création de Time Shadows, j’étais très intéressé par le thème du temps. La cadence du temps m’a toujours passionné. Je ne pense plus écrire sur les boucles temporelles, je ne crois pas que je vais retenter l’expérience. Mais j’aimerais encore traiter la question du temps.

J’aimerais écrire des scènes de vie quotidienne. Je me demande souvent pourquoi il y a des morts dès le début de mes mangas. C’est ce qui démarre l’enquête. Mais un jour, j’aimerais écrire des histoires plus légères.


Live Drawing

Durant son interview, l’artiste a également réalisé une séance de Live Drawing dont voici quelques extraits :


L’interview de Tanaka Yasuki  fut réalisée par la Pop Asia Matsuri et les éditions Kana, la retranscription ci-dessus fut rédigée par Kapp’Anime.


D’autres interviews en lien avec la Pop Asia Matsuri sont disponibles : Bonne nuit Punpun | La voie du Tablier | Ragna Crimson | Otaku Otaku

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